Le tournant du siècle et la montée du réalisme (1900-1950)

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Dans la seconde moitié du XIXe siècle, la guerre de Sécession eut moins d'effet sur la littérature que la disparition de la Frontière et la formidable expansion industrielle qui la suivit. Cette fin de siècle marqua l'avènement des littératures régio-nales et minoritaires, et l'essor du réalisme.

L'utilisation des dialectes et des décors régionaux passa aux mains des « régionalistes », tenants d'un réalisme local et qui souvent appartenaient à des minorités : les femmes (Edith Wharton) ou les Noirs. Alors que La case de l'oncle Tom (1852) de l'anti-esclavagiste Harriet Beecher-Stowe provoqua le scandale, ces écrivains s'attachèrent surtout à dépeindre l'Amérique du passé dans sa diversité.

Le plus grand nom de ce courant fut sans conteste Mark Twain, en qui Hemingway verra le véritable père de la littérature américaine. Né sur la Frontière, formé à l'école du journalisme et du voyage, Mark Twain révolutionna les lettres, écrivit l'américain comme on le parlait et développa un style précis et direct. Incarnation de l'Amérique, il s'inspira de ses errances et se pencha sur sa jeunesse (Tom Sawyer, 1876 ; Huckleberry Finn, 1884), dans des œuvres où la nostalgie n'exclut pas la dénonciation.

L'essor du réalisme au tournant du siècle tint à divers facteurs historiques : l'expansion urbaine et indus-trielle, l'apparition d'une classe ouvrière et de nouvelles vagues d'immigrants, le développement de la presse et des techniques d'information. Henry James devint l'un des maîtres du réalisme psychologique (Portrait de femme, 1881). Tandis qu’Edward Bellamy (Cent ans après, 1888) et Upton Sinclair (La jungle, 1906) s'en prirent au capitalisme et à la corruption du monde politique, Stephen Crane (La conquête du cou-rage, 1895), Jack London (Croc-Blanc, 1905 ; Martin Eden, 1909) et Theodore Dreiser (Une tragédie américaine, 1925) perpétuèrent le naturalisme français dont ils accentuèrent dans une certaine mesure le tragique darwinien.

Du modernisme à la Seconde Guerre mondiale : la littérature américaine s’impose sur la scène mondiale

À la contestation sociale naissante, les années 1920 ajoutent le modernisme, modification radicale de l'écriture qui touche aussi bien le roman que le théâtre ou la poésie.

 

Critique sociale et dénonciation du rêve s'expriment dans le roman et la nouvelle avec l'apparition d'une nouvelle génération d'écrivains. Sherwood Anderson (Winesburg en Ohio, 1919) et Sinclair Lewis (Main Street, 1920) dénoncent l'Amérique provinciale et ses hypocrisies, William Faulkner (Monnaie de singe, 1926), John Dos Passos (Trois soldats, 1921) et Ernest Hemingway (Le soleil se lève aussi, 1926) disent leur désillusion face à la Première Guerre mondiale.

 

Plusieurs de ces écrivains (la lost generation, génération perdue) se regroupent à Paris, fuyant le vide culturel de l'Amérique triomphante et prospère. Francis Scott Fitz-gerald peint avec un lyrisme minutieux la dérive de per-sonnages riches et oisifs : prisonniers du rêve américain (Gatsby le magnifique, 1925), ou désenchantés (Tendre est la nuit, 1934), leur quête ne les mènera qu'à la mort ou à la folie. Ernest Hemingway, sous l'influence de Gertrude Stein, développe un style où « l'action explique la psychologie » : issu de l'école de la presse, il bannit le commentaire et colle aux faits ; ses héros, en lutte pour un idéal, témoignent de l'absurdité d'un combat dont ils sortent détruits mais pas vaincus (En avoir ou pas, 1937 ; Pour qui sonne le glas, 1940 ; Le vieil homme et la mer, 1952).

Son style qui se prête merveilleusement à l'adaptation cinématographique et, dans une large mesure, sa « philosophie » influenceront les créateurs du roman policier « hard-boiled » (« dur-à-cuire ») : Dashiell Hammett (Le faucon maltais, 1939), Raymond Chandler (Le grand som-meil, 1939 ; La dame du lac, 1943), James M. Cain (Le facteur sonne toujours deux fois, 1934).

William Faulkner, premier romancier du Sud, part, à travers les 12 romans qu'il consacre à une ville imaginaire du Mississippi, à la recherche de l'identité culturelle de l'Amérique, et retombe sur l'image du Noir (Lumière d'août, 1932), même si après l'avilissement surgit le signe de la rédemp-tion (Requiem pour une nonne, 1951).

John Dos Passos dresse de la Grande Dépression de 1929 un tableau d'autant plus hallucinant qu'il y reprend les techniques du montage cinématographique (U.S.A., 1930-1936), tandis que James T. Farrell évoque la crise du point de vue de la minorité irlandaise (Studs Lonigan, 1935) et Henry Roth de celui des immigrants juifs (L'or de la terre promise, 1934). Langston Hughes (Not without laughter, 1930) et Richard Wright (Les enfants de l'oncle Tom, 1938) marquent les débuts de la littérature et des mouvements politiques noirs. En marge, Nathanael West s'oriente vers la violence et l'absurde (L'incendie de Los Angeles, 1939), tandis que Henry Miller, exilé en France, célèbre la joie de vivre dans son œuvre autobiographique (Tropique du cancer, 1939).

 

Innovant dans la forme et dans les méthodes de production, le théâtre s'épanouit enfin, surtout avec Eugene O'Neill, qui franchira sur les thèmes du rêve et de l'autodestruction (par l'alcool notamment) les barrières de l'expressionnisme : de L'empereur Jones (1920) à Le deuil sied à Électre (1931), en passant par Anna Christie (1921), il place les théories modernes de l'incons-cient et les techniques du courant de conscience au service de la résurrection de la tragédie grecque.

 

La poésie connaît également un développement sans précédent. Outre ceux qui perpétuent une versification libre inspirée de Whitman et d'autres qui gagnent les faveurs de la critique et du public en utilisant des formes traditionnelles, on remarque surtout deux poètes expatriés à Londres, T. S. Eliot et Ezra Pound. Père de l'imagisme et mentor d'un groupe de jeunes poètes dont William Carlos Williams, Ezra Pound soulève la controverse avec ses Cantos, publiés entre 1919 et 1972, recueil en plusieurs langues sur le thème de la descente aux enfers où il décrit, à travers l'effritement de la langue, l'usure généralisée des êtres et des choses et la disparition d'un monde.

 

Et aussi : Dorothy Parker, John Steinbeck, Pearl S. Buck, Margaret Mitchell, Erskine Caldwell, Horace Mac Coy, H. P. Lovecraft, …


D’après Encyclopédie Larousse en ligne